03/04/2019 | Épicure

Aujourd’hui je ne fais rien et si je n’ai pas fini je continuerai demain…

Osons la paresse !
La paresse, si l’on en croit la paroisse Saint-Joseph de Soulanges au Canada, (oui, oui, je cite mes sources. Même pas peur !), la paresse disais-je : « est un amour déréglé du repos, qui fait qu’on néglige ses devoirs d’état et de religion, plutôt que de se faire violence ». Pas bien !

Un petit peu d’histoire…

Pour l’église, avant de parler de paresse on parlera d’acédie (juste ciel !), du mot grec « akèdia » qui signifie manque de soin (dju à retenir pour épater la galerie tataahh), mot qui fait référence à la dépression spirituelle qui pouvait toucher les moines ou les ermites. Cette propension à l’oisiveté est alors considérée comme un vilain défaut pire un vice qui vous ouvre en grand les portes de l’enfer. J’en tremble. De la paresse spirituelle à la paresse tout court, il n’y a qu’un pas que d’aucuns ne se sont pas privés de franchir. Autrement dit ce qui n’était qu’un péché envers Dieu (enfin n’était…) se mue à l’aube de la modernité en péché aux yeux de la société.  En revanche, le travail lui,le bougre, est promu au rang de vertu.

Et pourtant, qu’il est doux de ne rien faire pour autant que la culpabilité ne vienne pas tout gâcher, vous ronger de remords ou vous rappeler à l’ordre à peine l’évasion envisagée, la rêverie esquissée.  Parfois il est bon voire salutaire de s’arrêter et de prendre du recul sur ce que l’on fait histoire d’envisager les choses de manière différente. Aussi je vous invite à vous plonger dans un bain de paresse avec ces quelques extraits choisis qui font avec beaucoup de conviction et d’engagement l’éloge voire l’apologie de ce péché capital..

Voici un extrait du livre « Paroles de Paresse » de Michel Piquemal, écrivain français. L’ouvrage est sorti il y a un peu plus de 20 ans déjà mais, vous allez voir, le propos est éternel.

« Pourquoi le Travail serait-il une vertu naturelle et la Paresse un vice ? Pourquoi ne nous définirions-nous que par notre statut professionnel ? Qui a dit que l’homme était fait pour visser des boulons, pour classer des fiches, ou pianoter éternellement sur un clavier d’ordinateur ? Il est fait pour vivre … vivre inclut aussi bien l’inspiration que l’expiration, l’agir et le non-agir.

Si la paresse est devenue dans notre civilisation l’ennemie suprême, c’est parce que l’individu qui paresse ne produit ni ne consomme. Or notre société marchande ne nous reconnaît plus que ces deux tristes rôles ” produire et consommer “, sans lesquels son équilibre est rompu. Selon la sacro-sainte morale de consommation, les loisirs même doivent être des loisirs actifs. Il faut faire du bricolage, du parapente, du jardinage, du footing ou du canyoning … Faire et toujours faire, c’est-à-dire en clair acheter et consommer. Nous croyons être actifs, nous sommes « activisés » … Jusqu’aux enfants de nos société modernes qui ne cessent de travailler : bachotage dès la maternelle pour les nantis de l’Occident et esclavage dans les mines et les fabriques pour les pays pudiquement appelés ” en voie de développement ” …

Or à force d’être actifs et « activisés », nous perdons contact avec les réalités essentielles. L’oisiveté que Thomas Hobbes appelait ” la mère de la philosophie ” est un temps nécessaire, un indispensable ” lâcher prise ” qui permet à l’homme de se recentrer. Il faut redécouvrir les délices de la paresse qui est sans aucun doute le meilleur médicament contre le stress fébrile de la vie moderne. Il faut oser chaque jour quelques minutes de paresse en plus, des minutes volées à ce dieu Travail que Joseph Delteil dénonçait déjà comme ” la grande mystification ” du XXe siècle. Il faut redécouvrir ” l’oisiveté du sage ” dont parle La Bruyère. »

Allez encore quatre autres citations, réflexions pour vous abandonner encore un peu plus à la paresse sans vergogne aucune !

« Ne pas dire un mot de toute la journée, ne pas lire le journal, ne pas entendre la radio, ne pas écouter de commérages, s’abandonner absolument, complètement à la paresse, être absolument, complètement indifférent au sort du monde, c’est la plus belle médecine qu’on puisse s’administrer. » (Henri Miller)

« Il est un temps pour aller à la pêche et un temps pour faire sécher les filets ; » – proverbe chinois…

« J’écrirais volontiers un éloge de la paresse et de l’ennui. La paresse, rien de plus clair, est la mère des chefs-d’œuvre. Très loin de l’abrutissement qui naît des grands postes et des hautes fonctions, l’ennui est cet état béni où l’esprit désoccupé aspire à faire sortir du néant quelque chose d’informe et déjà d’idéal qui n’existe pas encore. » Jean D’Ormesson

En 1880, Paul Lafargue écrivain, journaliste et homme politique français nous offrait son «Droit à la paresse». Selon lui, chacun a le droit d’employer librement le temps plutôt que d’en être l’esclave. Joli programme.

« En faisant croire aux ouvriers, à l’aide de l’Église, que la vie est travail, les capitalistes passent leur temps à voler celui des travailleurs. Ces derniers ne devraient pas réclamer le droit au travail – c’est une erreur masochiste dit Paul Lafargue-, mais le droit à la paresse. La «religion du travail», comme le souligne Paul Lafargue, connaît peu de résistance à son emprise ; ses croyants sont de plus en plus nombreux dans un monde où règne l’agitation névrotique des marchés. La philosophie et la démocratie sont balayées par le temps de l’économie ».

Et dire que plus d’un siècle s’est écoulé depuis, Mon Dieu !

Produire toujours et encore. Et oui, le temps, c’est de l’argent ! Aussi, pas un jour, pas une heure, pas une minute, pas une seconde à perdre avec un temps qui ne vaut rien, pas de place pour la paresse et ses adeptes !

Aussi, moi je dis : « Adieu Paresse … Bonjour tristesse… ! » Bon, on est d’accord, il y a : « paresse » (la bonne) et « paressssssss » (la mauvaise) mais ça, promis, je vous en parlerai plus tard. ;o)

Pour finir, un petit test, non mieux un petit jeu…en forme d’aveu ! (Dites-ça rime vous avez vu…fou hein !)

Bon moi, j’avoue, mon péché capital, c’est vous l’aurez compris, j’imagine :  la paresse ! Mais la bonne hein…celle qui permet d’éveiller, de titiller l’ imagination, la créativité … et tout le toutim.  Et vous, c’est quoi votre péché mignon?  La gourmandise, la jalousie, la colère, l’avarice, la luxure, l’orgueil ou la paresse ?

Allez ça restera entre nous…ou pas ;o)